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Nacer Boudiaf, Au passage de l’histoire

Écrit par sur 9 juin 2020

« Je suis de la race des guerriers. Ils peuvent me tuer mais il ne me feront jamais taire. Je préfère mourir pour mes idées que de lassitude ou de vieillesse » une phrase signée  Matoub Lounés, une phrase qui ne résonne que  dans les esprits libres, mais s’affranchir de ses liens, de ses chaînes, d’un système, n’est pas donné à tout le monde, il faut du courage et de l’ambition, Yassmina Khadra a dit « En Algérie, les génies ne brillent pas, ils brûlent. Lorsqu’ils échappent à l’autodafé ils finissent sur le bûcher »

Au passage Des Artistes vous propose  une virée dans l’histoire, une histoire qui commencerait par : IL ÉTAIT UNE FOI…

Nacer Boudiaf bonjour, c’est un réel honneur de t’accueillir Au Passage Des Artistes, nous allons, si tu le veux bien, emprunter le Passage des Artistes à la mémoire de Feu  Mohamed Boudiaf, né le 23 juin 1919 à M’Sila et mort assassiné le 29 juin 1992 à Annaba, à l’occasion de l’inauguration de la maison de la culture.

Djazia Benhabilés: Te souviens tu de ce que tu faisais précisément quand tu as appris cette horrible nouvelle, l’assassinat de ton Père, le Président Mouhamed Boudiaf 

Nacer Boudiaf: À  l’époque je travaillais à l’observatoire National des droits de l’homme(ONDH).
En revenant au travail vers 13 h 15 minutes, j’ai entendu un membre de l’observatoire crier:   « « on a assassiné le président Boudiaf », il ne savait pas que j’étais son fils. Je suis resté sans voix, je ne savais pas quoi penser, pas un mot n’est sorti de ma bouche, un copain est arrivé, l’air grave, il m’a invité à monter dans sa voiture, direction la présidence, pendant le trajet, je me suis dit qu’il était sûrement blessé, pas mort, je me suis dit qu’au temps de la colonisation, il était recherché, mort ou vif, mais rien ne lui était  arrivé, même pendant son exil, donc j’avais un espoir fou, mais en arrivant devant la présidence, l’atmosphère qui y régnait, les éléments de la garde républicaine, tous en pleurs , j’ai compris que ce mince espoir que j’avais s’est volatilisé et moi avec. Ce jour funeste restera gravé dans ma mémoire et celle de beaucoup d’Algériens qui ont ressenti un immense gâchis, parce que l’espoir qu’a suscité Mohamed Boudiaf, venait de s’envoler pour laisser l’Algérie à des lendemains incertains

– Boudiaf est libéré en mars 1962 après les accords d’Evian, Partisan d’un régime démocratique et Libre, il est mis à l’écart par le pouvoir algérien et après une arrestation, Monsieur Boudiaf s’exile. 
Mais qui représentait ce fameux: «pouvoir»
N.B: Dans vos questions vous parlez  de pouvoir. En fait il s’agit plutôt d’un système. C’est un système installé  avant même l’indépendance
C’est ce même système qui a consacré la triste réalité de l’Indépendance confisquée, comme le disait le regretté Ferhat Abbas, Allah yarahmou. C’est le même système qui a couronné Ben Bella d’abord pour le faire remplacer par Boumediène, etc… Et c’est également le même système qui, pris au piège de ses jeux néfastes, à la fin de l’année 1991, s’est retrouvé face au danger de détruire complètement notre cher et beau pays l’Algérie. C’est  parce qu’il a toujours eu l’Algérie au cœur, que Mohamed Boudiaf a répondu à l’appel des hommes qui dirigeaient le système à cette époque-là
Boudiaf était tout sauf naïf et dupe. Mais comme il a toujours vécu aussi avec l’espoir au cœur, il s’était dit pourquoi pas. Juste pour l’anecdote, quelques heures avant son retour en Algérie, il avait rendu visite à une parente Mima Belkacem, une militante de la cause nationale qui habitait a Rabat. Elle le prévient alors des dangers qui le guettent. Il lui répond alors très clairement : « je reviens en Algérie pour mourir ». Il avait un sens de la vie que peu de leaders ont eu 

Quant à la question de qui représentait le pouvoir, c’est tout le drame de l’Algérie, car soit c’étaient des hommes qui avaient « rejoint » la Révolution sur le tard, très probablement sur l’instigation de De Gaulle, soit des hommes qui étaient là, en attendant leur tour d’être placés sur l’échiquier de l’indépendance confisquée

– Est-ce ce même « pouvoir » qui a rappelé Mouhamed Boudiaf pour être « sa nouvelle vitrine »?
Les idées de Mohamed Boudiaf étaient connues du colonialisme, comme de ses amis et de ses ennemis. Il a toujours soutenu  haut et fort que le F.L.N a fini sa mission avec l’indépendance du pays. Il voulait donc un pays bâti sur des règles claires avec comme premiers principes: la justice, l’égalité des chances, la saine compétition, la transparence, la science, la probité, le mérite; tout cela sous le principe du choix souverain du peuple. Et ses idées n’ont jamais été acceptées ni par le système de l’indépendance confisquée, quelques jours après l’Indépendance en 1962, ni après en 1992, quand il s’est retrouvé face aux Lamari, Toufik, Nezzar, etc…En revenant en Algérie, Boudiaf découvre le pot-aux-roses de la corruption et prend la mesure de la profondeur de ce fléau qui a rongé les richesses du pays depuis 1962 et qui est la cause des retards accumulés par l’Algérie malgré le potentiel que recèle le pays dans tous les domaines et notamment en matière de ressources humaines, complétement délaissées par le système mis en place dès 1962.

– A-t-il hésité avant d’accepter, dans quel état d’esprit Boudiaf était à ce moment ? 
En ouvrant publiquement le feu sur la corruption de la mafia politico-financière, dont  personne ne parle, Boudiaf avait signé son arrêt de mort, comme il l’avait prédit et comme je l’ai signalé au début de cette interview

– Lambareek Boumaaraf, un sinistre nom sur cette tragédie, quel est ton avis sur les vraies raisons et motivations de l’élimination du chef de l’état Monsieur Boudiaf ?
Boumaarafi, sincèrement, je doute très fort qu’il soit l’assassin de Mohamed Boudiaf. Des témoins oculaires l’ont bien vu quelques minutes, avant l’assassinat, en costume dans la salle. Il ne ressemble en rien au véritable assassin qui a vidé son chargeur sur le dos de Mohamed Boudiaf. Le message des assassins fut très clair :  » Nos intérêts sont une ligne rouge, tous ceux qui oseront s’en approcher subiront le même sort que Boudiaf »

– Comme Boudiaf, Mohamed Khemisti, Ahmed Medeghri, Krim Belkacem, Mohamed Khider, ont aussi été assassinés, on tue ceux qui dérangent ?Tous les grands pays ont vu les meilleurs de leurs hommes finir lâchement assassinés. Omar Ibn El Khattab, le juste Calife, Lincoln et Kennedy pour les Etats-Unis, Olof Palme pour la Suède, et bien d’autres encore ont tous été des hommes de bien, ils ont fait beaucoup de pour leurs peuples, hélas ils ont fini assassinés. Mais leur simple passage dans ce monde  laisse des marques indélébiles. Boudiaf est resté au pouvoir seulement 5 mois et demi, et Bouteflika est resté 20 ans.
Qui a marqué le plus la mémoire  du peuple algérien ? La réponse est très claire dans l’esprit des vieux et des jeunes algériens. Pourquoi?  parce que Boudiaf a travaillé pour ramener l’espoir aux gens

– D’après toi, qu’aurait pensé Feu Mouhamed Boudiaf de la situation actuelle de l’Algerie?, le Hirak, l’emprisonnement de Bouteflika...
Au risque d’étonner vos lecteurs, Boudiaf avait prévu le Hirak dans son Livre : Où va l’Algérie ? . Visionnaire qu’il était, il avait prédit le Hirak, en écrivant,  » Le bouillonnement qui agite les masses Algériennes prendra forme, acquerra un sens politique et donnera naissance à un mouvement puissant que n’arreteront ni les menaces ni la répression…. Car d’un côté il y a le système et tous les profiteurs, et l’autre les masses trompées dont la patience est à bout. Cette coupure irrémédiable ne permet plus la moindre hésitation devant le choix du parti a prendre. »

– Bientôt 28 ans après son assassinat, quel est ton état d’esprit au sujet de cette tragédie?
 C’est une plaie qui n’arrive pas à  cicatriser malgré le temps, mais il y a une justice divine, regardons comment ses assassins ont terminé, Nezzar en exil, Toufik en prison…

– Nacer Boudiaf, ou va l’Algérie finalement ?
l’Algérie ira là où ses véritables enfants vont l’emmener.

– Nacer Merci infiniment pour ce témoignage  Au Passage des Artistes, nous espérons tous  un chemin plus clément à l’Algérie…

Je vous remercie et vous souhaite bonne continuation.

 


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