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“Harmonies Éclectiques : La Symphonie de Julien, Compositeur Audacieux”

Julien joubert partage son parcours musical éclectique, inspiré par des artistes des années 80 et des maîtres classiques. Composant dès 17 ans, il explore tous les genres musicaux, collaborant avec des orchestres renommés comme celui de Lille. Guidant avec pédagogie et humour, il démystifie la composition musicale, partageant son amour pour la diversité musicale. Ses créations, dont quatre opéras pour enfants avec la Maîtrise de Radio France, reflètent son adaptation à divers publics. Dans sa carrière, Julien célèbre l’intensité des échanges musicaux et partage son amour pour la musique à travers le théâtre. Son One-Man-Show au théâtre Montmartre-Galabru et la pièce “Colette l’indomptable” sont les temps forts de 2024. En conseillant aux jeunes aspirants compositeurs de “Foncer,” Julien incarne la passion et la créativité dans son métier

INTERVIEW
Qu’est-ce qui vous a inspiré à explorer une variété de genres musicaux, de la comédie musicale à l’opéra et à la musique symphonique?

Je suis né en 1973. Ça veut dire que lorsque j’ai commencé à me construire individuellement, c’était dans les années 80. Jeanne Mas, Stéphanie de Monaco, Patrick Bruel, etc. passaient à la radio et moi j’étais fan de Bach, Mozart et Chostakovitch. Comment vivre son adolescence avec un tel grand écart musical ? Très naturellement, je me suis aperçu que j’avais le droit et que je pouvais aimer tous les styles de musique qui étaient alors à ma disposition.
C’est donc très logiquement que vers 17 ans,  j’ai compris que j’avais besoin/envie de composer. Je n’ai pas su choisir un style, un genre ou une forme musicale et ayant un côté « ogre », j’ai décidé de tous les exploiter. Je ne le regrette pas un instant !

Pouvez-vous partager votre expérience de collaboration avec des orchestres renommés tels que l’Orchestre National de Lille et l’Orchestre philharmonique de Radio France?

Chaque expérience, que ce soit avec un orchestre exceptionnel comme ceux que vous citez, ou une classe d’école élémentaire, peut offrir des moments d’une rare intensité. C’est cela que je cherche à chaque fois. Pour vivre cette intensité, il me faut dérouter un peu l’ensemble ou le groupe qui m’invite. A chaque fois que j’ai eu la chance de travailler avec un grand orchestre, j’ai essayé de proposer un support qui sorte de l’ordinaire. J’ai quelques souvenirs assez plaisants : les instrumentistes du Philar (même les violoncellistes !) qui se lèvent par surprise – je n’étais pas au courant – au milieu d’un morceau un peu rock et qui chaussent des lunettes de soleil pour accentuer le côté décalé de la chose, ou les cuivres de l’orchestre de Lille qui interrompent ma présentation de l’orchestre. Lien: https://youtu.be/9DEw79J5ZS4, et qui parfois au fil des représentations leur saynètes au point de devenir autant comédiens que musiciens. J’adore ces échanges-là.

Comment parvenez-vous à guider avec pédagogie et humour tout en explorant les mystères de la composition musicale?

J’ai le sentiment qu’on passe parfois à côté de plaisirs qui à un moment ont été évident pour d’autres. Par exemple, je le dis dans mon spectacle : “à l’époque de Mozart, tout le monde écoutait de la musique contemporaine ». Donc, de fait, lorsqu’au XVIIIe siècle on écoutait une symphonie, on maitrisait ce qu’était une forme sonate par exemple. Et si le compositeur, au moment de la réexposition (le fait de reprendre les thèmes du début, un peu modifiés) avait décidé de changer l’usage et de faire tout autre chose, 95% du public aurait réagi, choqué ou charmé par une telle audace. Aujourd’hui, beaucoup des auditeurs ne savent plus exactement ce qu’est une forme sonate, une modulation ou une dominante… Ils pourraient rater de bons moments juste parce qu’ils ne savent pas quoi écouter. J’ai envie de faire partager ce qui me fait tellement vibrer. Or, l’humour me parait le meilleur vecteur de communication. Lorsqu’on rit, on se détend, et inconsciemment notre esprit et notre corps sont bien plus enclins à accepter de nouvelles émotions. Alors mixer et rire sur une grande musique peut procurer de grands plaisirs à des gens qui n’en imaginaient même pas l’existence

En quoi consiste le processus de création d’une pièce pour chœurs d’enfants ou de jeunes, et comment avez-vous abordé les plus de quatre-vingts compositions enregistrées par la Maîtrise de Radio France?

La maîtrise de Radio France a enregistré 4 de mes opéras pour enfants et en a proposé au moins une dizaine en concert. Il semble que cela ait déjà suffit pour lasser Radio France, heureusement qu’ils n’ont pas eu à subir les 80 !
Écrire pour les enfants n’est pas si différent qu’écrire pour les adultes. En fait, lorsque j’écris pour un public particulier, je suis exactement dans la même situation qu’une personne qui reviendrait de vacances et qui raconte son séjour. Il ne raconte pas la même chose à sa meilleure amie, qu’à ses enfants ou ses collègues. Dans aucun des cas il ne ment ou ne triche (enfin, on le souhaite), mais il adapte son récit et son langage à ses interlocuteurs. C’est pareil dans la composition.

Comment la musique de chambre et le ballet ont-ils enrichi votre approche de la composition par rapport à des formats plus grands comme l’opéra?

On classe souvent les genres en effet, en imaginant que l’opéra ou la musique symphonique seraient plus grands, plus nobles que la musique vocale, la musique de chambre ou la musique à destination d’une autre forme artistique (ballet, film, etc.). Pas moi. Je ne peux donc vraiment répondre à cette question, sinon que chaque composition enrichit mon travail ne serait-ce qu’en me faisant poser des questions à chaque fois inédites qui me permettent d’être peut-être de plus en plus performant ou en tout cas efficace dans ma recherche

Pouvez-vous partager une anecdote ou un moment marquant de votre carrière de compositeur vivant?

J’en aurai des centaines ! Je vous propose un moment un peu gênant : J’arrive gare d’Austerlitz et le RER C ne fonctionne pas. Je dois aller à Radio France pour passer dans une émission. Seule solution : prendre un taxi. « À la maison de la radio, s’il vous plaît ! ». Le chauffeur s’intéresse, me demande si j’y vais pour être interviewé. Je réponds que je vais répondre à des questions pour une émission sur France Musique. « Vous devez vous tromper, me dit-il, France Musique c’est de la musique classique. Vous, ça doit être pour France Inter ». Je lui réponds que j’écris de la musique classique justement et que c’est bien pour France Musique. Je vois que ma réponse le perturbe. Il me regarde dans le rétroviseur… prend quelques secondes et lâche : « Je vous imaginais pas comme ça. Je vous imaginais avec une perruque et tout… »

Quels sont les éléments clés que vous espérez que le public retienne après avoir assisté à votre pièce théâtrale sur la composition musicale?

Qu’être compositeur, c’est une action artistique bien sûr, mais qu’il s’agit aussi d’artisanat et donc de technique. J’espère qu’en sortant le public aura, entre deux éclats de rire, retenu quelques principes élémentaires de la composition musicale. Pour n’en citer qu’un seul : j’espère que j’aurai su lui prouver l’importance de la carrure (nombre de mesures qu’il y a dans une phrase musicale).

Comment abordez-vous l’éveil du sens créatif et de l’écoute dans votre approche de la composition musicale?

J’ai tellement peur qu’on écoute, et donc que l’on entende de moins en moins ! Parfois, je rencontre des gens qui ne sont plus capables de percevoir telle ou telle variation dans une pièce musicale. On rate alors tout une part de richesse de certaines compositions. J’essaie d’ouvrir les oreilles des auditeurs en arrêtant par exemple l’écoute d’une phrase musical et en stimulant alors leur sens créatif : « Qu’aimeriez-vous entendre après ? ». Généralement, tout le monde imagine une suite (logique) au morceau et s’étonne de voir à quel point le compositeur peut nous surprendre.

Pouvez-vous expliquer comment la pièce que vous avez créée permet au public de traverser l’histoire de la musique de manière ludique et théâtrale?

Dans ma pièce, je m’appuie sur des exemples musicaux de toutes les époques. Du moyen âge à la chanson française. Je joue sur un paradoxe : en mêlant toutes les époques, tous les styles, tous les genres, on pourrait croire que je veux tout niveler. Mais c’est l’inverse qui se passe. Tout au long du show, en travaillant sur des principes de compositions (tension/détente, tonique/dominante, modulations, variations, etc.) on voit qu’à travers tous les styles on a pu utiliser les mêmes techniques.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui aspirent à faire de la composition musicale leur métier, surtout pour ceux qui ne sont pas nécessairement des musiciens professionnels?

Oh, ça tient en un mot : “Foncez !” (et s’il fallait ajouter quelque chose : « vous verrez bien… »)

Et si nous parlions de vôtre actualité Julien? 

J’ai une année 2024 bien chargée. Je suis très heureux d’avoir ce One-Man-Show au théâtre Montmartre-Galabru qui m’occupera tous les jeudis et bientôt quelques samedis aussi, jusqu’en mai. À partir de mars, une deuxième pièce musicale intitulée “Colette l’indomptable » verra le jour dans ce même théâtre. Je ne serai pas sur scène, mais j’en ai composé la musique. Le texte est signé Gaël Lépingle (c’est toujours la compagnie Let it be qui produit). Puis ce sera pour les deux pièces la grande aventure du festival d’Avignon. J’ai hâte.
En mai et juin, je serai bien occupé avec la création de nouvelles pièces pour chœur : Des pièces écrites avec Hugo Zermati : « Psyché » à Monaco, « Ulysse » à l’opéra de Massy, avec Gaël Lépingle : « Kiniska » qui sera jouée à la Seine Musicale, avec Eric Herbette : « Le marin des vignes » en Savoie. Et le temps qu’il me reste, je le passe à composer de nouvelles œuvres pour l’an prochain !

Merci à vous Julien Joubert pour cette douce balade musicale. À bientôt sur scène 

Credit photo : Olivier Carton