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La Maladie de la Mort, ou comment sublimer les mots de Duras au théâtre

Fait marquant de cette fin d’année, le Théâtre de la Croisée des Chemins a choisi de mettre à l’affiche La Maladie de la Mort, un court texte de Marguerite Duras publié en 1982 et assez peu connu du grand public.

Dans ce huis-clos, un homme mu par le désir d’aimer et d’être aimé, paye une femme pour l’accompagner dans un hôtel en bord de mer. Il lui demande de se soumettre à toutes ses demandes, elle lui obéit aveuglément. Le duo est interprété par les comédiens Mahmoud Ktari et Annabelle Simon.

Au début de la pièce, la voix de Marguerite Duras résonne dans la salle intimiste du théâtre situé en bas d’un immeuble du 18e arrondissement de Paris : « Et vous qui êtes-vous ? ». La question posée par l’auteure de Moderato Cantabile retentit aussi jusque dans les tréfonds de notre âme.

En face de nous, une jeune femme vêtue d’une robe courte est assise sur une chaise, perruque blonde sur la tête, sourire malicieux aux lèvres. Elle nous regarde, droit dans les yeux.

Et puis, c’est le noir…

Un homme apparaît, il vient du couloir qui sépare les gradins du public en deux. Cette homme sera une sorte de « voix off » qui nous guidera tout au long de la pièce, interprétée et incarnée par Sylvain Martin. Une voix dont la moindre inflexion donne le la aux acteurs.

« Il dit », « elle répond », « il dit », « elle répond », … Dans ce texte qui n’est ni un roman ni une pièce de théâtre, c’est la 3e personne qui mène la danse. On pourrait être désarçonné par des répliques ainsi lancées par le narrateur – cela peut donner l’impression de voir toutes les ficelles de la pièce en train de se jouer – si le comédien ne jouait pas son rôle à merveille.

Tantôt assis à son bureau, lunettes chaussées sur le nez, cigarette à la bouche laissant échapper sa fumée, tantôt debout à commenter au plus près des deux comédiens, il est tel un metteur en scène inhabituellement sous les feux des projecteurs. (Ironie du sort, c’est vraiment le metteur en scène de la pièce).

Le mot « corps » est omniprésent et c’est bien normal car il est question de désir et de quête d’identité. Et de sexe, clairement évoqué.

Il faut dire que chaque soir, le même rituel s’impose : la femme arrive sur le lit, elle est nue et s’endort.

L’homme admire son corps, la touche, pleure et s’endort.

Ils échangent quelques paroles, toujours brèves et mystérieuses, sans vraiment parvenir à se rencontrer.

 

« Elle dit qu’il est atteint de la maladie de la mort ».

Quelle est donc cette maladie ? On vous laissera le soin de le découvrir…

S’il ne faut pas s’attendre à une poignée de rebondissements dans cette pièce qui se range davantage du côté de la situation que de l’action, on est émerveillé par le verbe de Duras. « Vous pleurez sur vous-même comme une autre le ferait » dit la femme à l’homme qu’elle accompagne dans cette expérience sensuelle, existentielle.

Cette pièce est à savourer sans plus attendre au Théâtre de la Croisée des Chemins.

 

LA MALADIE DE LA MORT 

Actuellement au Théâtre La Croisée des Chemins Salle Paris-Belleville Paris

Auteur : Marguerite Duras
Artistes : Matthieu Botrel, Mahmoud Ktari, Annabelle Simon
Metteur en scène : Sylvain Martin